L’Eco version 2027 sans la zone CFA ? ou l’expression d’un choc des visions

Les gouverneurs des banques centrales de douze pays de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), réunis la semaine dernière au Liberia, ont relancé le projet d’Eco. Pour la monnaie unique ouest-africaine l’objectif affiché de 2027 demeure.
Petite surprise après les derniers échanges, la première phase du projet pourrait se faire sans les pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine).
Un communiqué de la présidence nigériane stipule d’ailleurs ceci : « La première phase de mise en œuvre devrait concerner le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Guinée et la Gambie, sous réserve du respect des critères de convergence macroéconomique convenus et de la finalisation des structures de gouvernance institutionnelle ».
Cela laisse penser que les débuts se feront sans les huit États de L’UEMOA. Quid donc du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo qui partagent déjà le franc CFA, émis par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et arrimé à l’euro.
La première vague évoquée par Abuja semble privilégier le pragmatisme face à un Eco maintes fois repoussé. Sauf que ce pragmatisme ne tient pas compte de certaines réalités. Les pays de la liste d’Abuja sont les moins convergents.
Le Nigeria a une inflation durable à deux chiffres, son naira est sous pression avec des révisions successives du régime de change. Au Ghana l’inflation demeure élevée, la dette publique lourde et la monnaie vulnérable aux chocs externes. Les autres pays, Liberia, Sierra Leone, Guinée et Gambie restent marquées par la même non convergence : niveaux d’inflation hétérogènes, déficits budgétaires élevés, dettes publiques en hausse et volatilité marquée des taux de change.
Alors le choix de ce qu’on pourrait appeler «la liste d’Abuja » laisse réapparaître le choc de vision au sein de la dynamique vers l’Eco. L’exigence d’une monnaie régionale qui se départie de l’héritage colonial reste affirmée. La dernière mue du Franc CFA, avec la fin de l’obligation de centralisation d’une partie des réserves de change au Trésor français et le retrait des représentants français des instances de gouvernance n’ont pas convaincu. Ce qui est attendu est beaucoup plus profond que des touches cosmétiques.
Logique que la partie majoritairement anglophone ait décidé de faire glisser l’épicentre du changement vers le leur, prêts pour un Eco démarqué, une monnaie sans arrimage et forte des économies qui la compose.
Loin des échos de ce choc des visions vers l’Eco, les pays de l’AES construisent lentement mais surement leur chemin pour ce qui est d’une monnaie commune. Le franc cfa est loin de cadrer avec les nouvelles visions et ambitions au sein de l’espace. En clair, les choses pourraient donc évoluer très vite au sein des 8 pays de l’UEMOA.
