Mali/Mine : la compagnie Barrick Gold perd, pour 6 mois, la direction opérationnelle de la mine de Loulo-Gounkoto

 

 

Le tribunal de commerce de Bamako a donné une décision hier Lundi qui retire au groupe minier canadien la direction opérationnelle de la mine de Loulo-Gounkoto pour la confier pendant six mois à un administrateur provisoire.

 

Barrick Gold, le deuxième producteur mondial d’or, perd donc le contrôle opérationnel sur cette mine qu’elle exploite depuis son ouverture en 2005.

 

Cette décision permettra d’assurer la continuité de l’exploitation minière tout en préservant les intérêts de l’État malien. L’administrateur provisoire a logiquement accès aux comptes de l’entreprise, donc peut payer les salaires et faire reprendre les activités.

En rappel la production d’or a été arrêtée en janvier dernier par Barrick Gold après la saisie de ses stocks.

 

De gros enjeux

 

L’enjeu est grand d’autant plus qu’il s’agit du plus grand gisement aurifère non seulement du Mali, mais d’Afrique en 2025, avec 20,5 tonnes d’or.

Le complexe Loulo-Gounkoto, situé dans la région de Kayes, dans l’ouest du Mali. Selon les données de la douane malienne, en 2023, le complexe a produit 23,49 tonnes d’or et exporté 22,923 tonnes d’une valeur de 660,723 milliards FCFA. Il a contribué aux recettes de l’Etat à hauteur de 95,987 milliards FCFA en 2023.

 

Le complexe de Loulo-Gounkoto représente 14% de la production mondiale de Barrick Gold, emploie environ 8 000 personnes, dont 90% sont des nationaux. La participation de l’Etat dans le capital social est évaluée à 20% et 80% par Barrick Gold.

 

L’historique du bras de fer

 

Le désaccord entre les deux parties remonte à 2023, après l’adoption par le Mali d’un nouveau code minier qui renforce les prérogatives de l’État dans le secteur aurifère, notamment en augmentant la part de participation publique dans les projets miniers. Barrick Gold, dont le siège mondial est basé à Toronto, conteste certaines modalités d’application du nouveau cadre législatif. Le gouvernement du Mali exige le paiement de montants évalués à près de 305 milliards FCFA (environ 500 millions USD) au titre d’arriérés fiscaux, un montant arbitraire selon Barrick Gold.

Un premier versement de 85 millions USD sera tout de même effectué par la compagnie minière en 2024.

Les négociations qui se poursuivent, ne portant pas des fruits, en janvier 2025, les autorités maliennes procèdent à la saisie de près de trois tonnes d’or, représentant une valeur d’environ 245 millions de dollars. Cette saisie d’or fait suite à une action de l’Etat pour le recouvrement d’impôts. La compagnie canadienne Barrick Gold annonce le mardi 14 janvier la suspension de ses opérations sur le site aurifère de Loulo-Gounkoto après la saisie des stocks d’or.

Le mardi 15 avril 2025, les autorités procèdent à la fermeture du siège à Bamako de la société minière canadienne, sur fond de litige fiscal prolongé.

Un nouveau cap est atteint le jeudi 15 mai 2025.  L’Etat malien demande au tribunal du commerce de Bamako, le placement du complexe de Loulo-Gounkoto sous administration provisoire. L’objectif étant la reprise des opérations « dans l’intérêt national » et d’éviter une rupture prolongée de l’exploitation.

Le tribunal de commerce de Bamako vient donc de donner une suite favorable à la requête de la partie malienne en confiant la direction opérationnelle de la mine de Loulo-Gounkoto pendant six mois à un administrateur provisoire.

La compagnie canadienne annonce qu’elle « maintient son arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends (relatifs aux investissements) ».

L’or représente une part essentielle de l’économie malienne, soit un quart du budget de l’État et 75% des recettes d’exportation. Le complexe de Loulo-Gounkoto représente 14% de la production mondiale de Barrick Gold, emploie environ 8 000 personnes. La participation de l’Etat dans le capital social est évaluée à 20% et 80% par Barrick Gold.

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